· Alex Derville  · 9 min de lecture

Quels pays consomment le plus de viande ? Classement et comparaisons dans le monde

Des Tonga à la République démocratique du Congo, la quantité de viande disponible par habitant varie de 1 à 37. Classement mondial, comparaison des grands pays et place de la France en Europe, d’après les données FAO 2023.

Des Tonga à la République démocratique du Congo, la quantité de viande disponible par habitant varie de 1 à 37. Classement mondial, comparaison des grands pays et place de la France en Europe, d’après les données FAO 2023.

La production mondiale de viande ne cesse d’augmenter. Elle a atteint un record de 387 millions de tonnes en 2025, en hausse de 2,5 % sur un an, portée avant tout par la volaille (FAO). En moyenne, chaque habitant de la planète dispose aujourd’hui d’environ 46 kg de viande par an (FAO, Food Outlook).

Mais cette moyenne cache des écarts vertigineux. Selon les données de la FAO pour 2023, un habitant des Tonga dispose de plus de 180 kg de viande par an, quand un habitant de la République démocratique du Congo en a moins de 5 kg : un rapport de 1 à 37. Entre les deux, la quantité de viande dépend du niveau de revenu, mais aussi de la géographie, de la religion et des traditions alimentaires.

Les chiffres présentés ici correspondent à la viande disponible par habitant et par an (bœuf, porc, volaille, mouton, chèvre et autres viandes), hors poisson et fruits de mer. La manière dont la FAO les calcule est détaillée en fin d’article.

Les 3 pays qui consomment le plus de viande

RangPaysViande disponible par habitant et par an
1🇹🇴 Tonga182,1 kg
2🇲🇳 Mongolie174,7 kg
3🇻🇨 Saint-Vincent-et-les-Grenadines156,3 kg

Le podium n’est occupé ni par les États-Unis, ni par l’Argentine, mais par deux petits États insulaires et un pays de steppes. Deux modèles très différents y mènent : d’un côté, des îles qui importent massivement de la viande bon marché, de l’autre, un pays où l’élevage nomade est au cœur de la vie quotidienne.

Aux Tonga, la viande est d’abord une affaire d’importations. Le mouton y était la première dépense alimentaire importée des ménages, principalement sous forme de « mutton flaps », des morceaux de poitrine très gras peu consommés ailleurs dans le monde (Banque mondiale). Face à l’explosion de l’obésité et des maladies chroniques, le pays a même taxé ces morceaux, ainsi que les croupions de dinde, à partir de 2016. La volaille, elle aussi largement importée, fournit près de la moitié de la viande disponible.

En Mongolie, la situation est tout autre. Sur ces steppes froides et sèches, où la saison de culture ne dure que 95 à 110 jours, l’élevage nomade de moutons, chèvres, chevaux et yaks est au cœur de l’économie et de l’alimentation (UNICEF). Le mouton et la chèvre représentent à eux seuls plus de 90 kg par habitant, et la viande est particulièrement consommée en hiver, quand elle se conserve naturellement grâce au froid.

À Saint-Vincent-et-les-Grenadines, la volaille fournit à elle seule 86 kg de viande par habitant et par an. L’essentiel vient des États-Unis : le gouvernement estime importer chaque année environ 30 millions de dollars de poulet, moins cher que la production locale (ministère de l’Agriculture).

Juste derrière, les Îles Marshall (155,1 kg), un archipel d’atolls coralliens où l’élevage est très limité, suivent le même schéma que les Tonga : volaille et viandes importées dominent l’assiette.

Les 3 pays qui consomment le moins de viande

Rang parmi les valeurs les plus faiblesPaysViande disponible par habitant et par an
1🇨🇩 République démocratique du Congo4,9 kg
2🇧🇩 Bangladesh5,4 kg
3🇲🇬 Madagascar6,0 kg

À l’autre extrémité du classement, moins de 6 kg par an, soit à peine plus de 100 g par semaine. Ces trois pays comptent parmi les plus pauvres du monde, et la viande y reste un produit de luxe.

En République démocratique du Congo, le chiffre officiel sous-estime sans doute la réalité : la viande de brousse, chassée en forêt, échappe en grande partie aux statistiques. Dans le bassin du Congo, plus de 12 millions de tonnes de viande de brousse seraient vendues chaque année, et elle constitue la principale source de protéines des populations rurales (CIFOR).

Au Bangladesh, pays de deltas et de rivières, ce n’est pas la viande mais le poisson qui fournit l’essentiel des protéines animales : environ 60 % selon WorldFish, avec près de 25 kg de poisson consommés par habitant et par an.

À Madagascar, le zébu occupe une place centrale dans la culture, mais il est davantage une réserve de richesse et un animal de cérémonie qu’une viande du quotidien. Pour la majorité de la population, l’alimentation repose avant tout sur le riz.

Comparaison de plusieurs grands pays

PaysViande disponible par habitant et par an
🇦🇷 Argentine129,4 kg
🇺🇸 États-Unis108,2 kg
🇧🇷 Brésil106,2 kg
🇬🇧 Royaume-Uni92,1 kg
🇫🇷 France84,4 kg
🇷🇺 Russie80,7 kg
🇨🇳 Chine79,0 kg
🇿🇦 Afrique du Sud65,6 kg
🇩🇪 Allemagne64,5 kg
🇪🇬 Égypte29,7 kg
🇵🇰 Pakistan23,8 kg
🇮🇩 Indonésie21,1 kg
🇳🇬 Nigeria8,8 kg
🇮🇳 Inde8,7 kg
🇧🇩 Bangladesh5,4 kg
🇨🇩 République démocratique du Congo4,9 kg

Les grands pays d’élevage des Amériques dominent nettement. L’Argentine, pays de la pampa et de l’asado, est le premier consommateur de bœuf au monde avec près de 58 kg par habitant et par an. Les États-Unis et le Brésil dépassent tous deux les 100 kg.

La Chine, longtemps faible consommatrice, se situe désormais au niveau de la Russie et juste en dessous de la France, essentiellement grâce au porc (45 kg par habitant). À l’inverse, l’Égypte, le Pakistan et l’Indonésie, pays majoritairement musulmans où le porc est quasiment absent, restent entre 20 et 30 kg.

Enfin, le Nigeria, l’Inde, le Bangladesh et la RDC, qui rassemblent à eux quatre près de 2 milliards d’habitants, consomment moins de 10 kg de viande par personne et par an, soit dix fois moins qu’un Américain.

Pour voir la situation de chaque pays, consultez notre carte interactive de la consommation de viande dans le monde.

Plus un pays est riche, plus il consomme de viande

À l’échelle mondiale, la tendance est claire : la consommation de viande augmente avec le niveau de vie. En 2023, un habitant d’un pays à revenu élevé disposait en moyenne de 93 kg de viande par an, contre 9 kg dans les pays à faible revenu, soit dix fois moins (Our World in Data). Quand les revenus progressent, l’alimentation se diversifie et la viande, longtemps réservée aux grandes occasions, entre dans les repas du quotidien. C’est ce qui explique la forte hausse de la consommation en Chine ou au Brésil au cours des dernières décennies.

Mais le revenu n’explique pas tout, et certains pays font figure d’exceptions.

L’Inde est le cas le plus frappant. Malgré une croissance économique rapide, elle reste parmi les pays qui consomment le moins de viande, avec 8,7 kg par habitant. Selon le Pew Research Center, 39 % des Indiens se déclarent végétariens et 81 % limitent leur consommation de viande d’une manière ou d’une autre, en lien avec les traditions hindoue, jaïne ou musulmane. Le bœuf, notamment, est évité par une grande partie de la population hindoue, pour qui la vache est sacrée. L’Inde est d’ailleurs, et de très loin, le pays qui compte le plus de végétariens.

La Mongolie illustre le cas inverse : deuxième du classement mondial avec 174,7 kg par habitant, elle devance largement des pays bien plus riches comme les États-Unis ou l’Australie. Ici, ce n’est pas le revenu qui explique la place de la viande, mais un climat qui rend l’agriculture difficile et une tradition pastorale séculaire.

La France face aux autres pays européens

PaysViande disponible par habitant et par an
🇮🇪 Irlande131,5 kg
🇮🇸 Islande121,5 kg
🇱🇺 Luxembourg104,0 kg
🇵🇹 Portugal96,9 kg
🇳🇴 Norvège94,1 kg
🇬🇧 Royaume-Uni92,1 kg
🇩🇰 Danemark90,1 kg
🇪🇸 Espagne87,0 kg
🇵🇱 Pologne85,6 kg
🇫🇷 France84,4 kg
🇳🇱 Pays-Bas78,8 kg
🇦🇹 Autriche75,8 kg
🇬🇷 Grèce70,2 kg
🇨🇭 Suisse67,2 kg
🇮🇹 Italie65,7 kg
🇩🇪 Allemagne64,5 kg
🇧🇪 Belgique63,2 kg

Avec 84,4 kg de viande par habitant et par an, la France se situe dans le milieu du classement européen, au même niveau que l’Espagne ou la Pologne. Elle consomme nettement moins que l’Irlande ou le Portugal, mais bien plus que l’Allemagne, l’Italie ou la Belgique, qui tournent autour de 65 kg. Et ce niveau ne baisse pas : malgré un discours répandu sur la réduction de la viande, la consommation par habitant a même légèrement augmenté depuis 2020, dans un pays où moins de 1 % de la population est végétarienne.

La France se distingue surtout par la composition de son assiette. Avec 19,5 kg par habitant, elle est l’un des plus gros consommateurs de bœuf parmi les grands pays européens, loin devant l’Allemagne ou l’Espagne (environ 10 kg). En 2023, le porc restait la première viande consommée en France (31 kg), devant la volaille (25 kg), mais selon les bilans nationaux, la volaille l’a rattrapé en 2025. Concrètement, une année de consommation moyenne en France représente environ 17 animaux terrestres, principalement des poulets.

Si vous souhaitez réduire votre propre consommation, nos 10 conseils pour devenir végétarien sont un bon point de départ.

Méthodologie : comment la FAO calcule-t-elle ces chiffres ?

La FAO compte-t-elle ce que chacun mange ?

Non. Plutôt que de suivre les repas de chaque habitant, la FAO établit pour chaque pays un bilan alimentaire (FAO, Food Balances). De façon simplifiée, le calcul est le suivant :

Production + importations ± variations de stocks
− exportations − usages non alimentaires − pertes comptabilisées
= quantité disponible pour l’alimentation humaine

Cette quantité est ensuite divisée par la population pour obtenir un chiffre par habitant. Le calcul réel distingue aussi d’autres usages, comme l’alimentation animale, les semences, la transformation industrielle ou les pertes lors du stockage et du transport.

Est-ce toute la viande produite dans le pays ?

Non plus. Un grand pays exportateur comme le Brésil produit bien plus de viande que ses habitants n’en consomment, et un petit pays importateur comme Saint-Vincent-et-les-Grenadines en produit beaucoup moins. Le chiffre retenu est une estimation de la part de l’offre destinée à l’alimentation humaine dans le pays, une fois tous ces ajustements effectués.

Est-ce la quantité réellement mangée ?

Pas exactement. Il s’agit de la viande disponible au niveau du consommateur : le gaspillage dans les foyers, les restaurants ou les cantines n’est pas déduit. La quantité réellement consommée est donc généralement un peu inférieure.

Ces données sont-elles fiables ?

Elles proviennent principalement des statistiques officielles transmises par chaque pays à la FAO, issues d’enquêtes ou de registres administratifs. Lorsque ces données manquent, la FAO peut utiliser des estimations. La qualité varie donc d’un pays à l’autre, et certaines filières informelles, comme la viande de brousse en Afrique centrale, sont difficiles à mesurer. Ces chiffres restent néanmoins la référence pour comparer les pays entre eux.

Le poisson est-il inclus ?

Non. Les chiffres de cet article couvrent uniquement la viande : bœuf, porc, volaille, mouton, chèvre et autres viandes (cheval, lapin, gibier…). Le poisson et les fruits de mer ne sont pas comptés.

Sources

À propos de l’auteur

Alex Derville

Fondateur de Goodbye Meat

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