· Alex Derville · 10 min de lecture
Combien de végétariens en France ? Chiffres et tendances
La France compte 0,8 % de végétariens et 0,3 % de végétaliens selon la dernière grande enquête nationale. Ces chiffres de 2020 sont-ils toujours valables ? Ce que disent les sondages récents et la consommation de viande.

En France, 0,8 % des 15-70 ans se déclarent végétariens et 0,3 % végétaliens. C’est ce que montre l’enquête Ifop réalisée pour FranceAgriMer en 2020. Rapporté aux 44,6 millions de Français de 15 à 70 ans, cela représente environ 375 000 végétariens et 115 000 végétaliens. Le vrai phénomène de masse, c’est le flexitarisme : 24 % des 15-70 ans, soit près de 10,6 millions de personnes, disent réduire volontairement leur consommation de viande.1
Ces chiffres de 2020 sont-ils toujours d’actualité ?
Six ans plus tard, l’enquête Ifop reste la référence. Avec plus de 15 000 personnes interrogées, c’est de loin la plus grande étude menée sur le sujet en France. FranceAgriMer voulait en faire un baromètre reproductible dans le temps, mais nous n’avons pas trouvé de nouvelle vague publiée depuis.1
D’autres sondages, plus récents, donnent des chiffres plus élevés :
- l’enquête Smart Protein de ProVeg, réalisée en juin 2023 auprès de 750 adultes, compte 4 % de végétariens et 2 % de végétaliens ;2
- le baromètre de Protéines France, réalisé en juillet 2024 auprès de 1 001 personnes, trouve 4 % de végétariens ou végétaliens ;3
- un sondage OpinionWay pour Charal, réalisé en février et mars 2025 auprès de 1 003 adultes, en compte 5 %.4
Ces chiffres ne signifient pas pour autant que le nombre de végétariens a été multiplié par quatre. Ces sondages portent sur environ 1 000 personnes, avec une marge d’erreur de l’ordre de 3 points, et posent la question de façon plus directe. Or l’Ifop a justement constaté que sa méthode, qui fait d’abord détailler aux gens ce qu’ils mangent avant de leur présenter une définition précise de chaque régime, donne des taux plus bas que les questions posées « de manière plus abrupte ».1 Même en 2020, 38 % des personnes qui se disaient pescétariennes, végétariennes ou végétaliennes reconnaissaient manger encore de la viande, au moins occasionnellement.1
Le seul suivi dans le temps que nous avons trouvé vient de ProVeg, qui a posé la même question en 2021 et en 2023 : la part de végétariens est restée à 4 %, et celle des végétaliens à 2 %.2
En résumé, il n’existe pas de chiffre récent aussi solide que celui de 2020, et les quelques indices disponibles ne montrent pas de hausse nette du nombre de végétariens.
Un autre angle : la consommation de viande en France
Faute de nouvelle grande enquête, un autre indicateur peut aider : la consommation globale de viande. Si les végétariens étaient beaucoup plus nombreux qu’en 2020, cela devrait finir par se voir dans les quantités consommées.
Cette consommation est mesurée chaque année par le service statistique du ministère de l’Agriculture (Agreste) et par FranceAgriMer. On parle de consommation apparente par habitant, exprimée en kilogrammes équivalent-carcasse (kgec). Cette mesure estime la quantité de viande mise à disposition pour la consommation en France, à domicile comme hors domicile. Elle ne correspond pas exactement au poids de viande dans l’assiette, car elle inclut les os et les pertes, mais elle donne une bonne image de la tendance de fond.5
| Année | Consommation de viande (kgec par habitant) |
|---|---|
| 2020 | 84,5 |
| 2021 | 85,1 |
| 2022 | 85,1 |
| 2023 | 83,3 |
| 2024 | 85,0 |
| 2025 | 85,7 |
Sources : Agreste et FranceAgriMer, bilans annuels de consommation de viande.5678910
La trajectoire n’est pas linéaire :
- en 2021 et 2022, la consommation rebondit après la crise sanitaire de 2020, avec la réouverture de la restauration hors domicile ;67
- en 2023, elle baisse nettement (83,3 kgec), dans un contexte de forte inflation alimentaire et de pouvoir d’achat tendu ;8
- en 2024 et 2025, elle repart à la hausse, à 85,0 puis 85,7 kgec, avec une dépendance croissante aux importations.910
Le décalage avec ce que disent les Français est frappant. En 2023, 58 % des mangeurs de viande interrogés par ProVeg affirmaient avoir réduit leur consommation sur l’année écoulée.2 En 2025, 53 % des personnes interrogées par OpinionWay disaient manger moins de bœuf qu’avant.4 Les bilans nationaux, eux, ne montrent pas cette baisse.
Au final, la consommation de viande par habitant a légèrement augmenté depuis 2020 (+1,4 %). Ce chiffre ne permet pas de compter directement les végétariens, mais rien ne laisse penser qu’ils soient beaucoup plus nombreux aujourd’hui. Pour situer la France par rapport à ses voisins européens et au reste du monde, consultez notre article Quels pays consomment le plus de viande ?
Pourquoi la France compte-t-elle si peu de végétariens ?
La France fait figure d’exception. En Inde, 39 % des adultes se considèrent végétariens. En Europe, l’Allemagne (7 % de végétariens) et le Royaume-Uni (6 %) font aussi nettement mieux que la France, même si les méthodes d’enquête diffèrent d’un pays à l’autre. Pour une vue d’ensemble, consultez notre article Quel pays a le plus de végétariens ?. Plusieurs raisons expliquent ce retard.
Une tradition culinaire très centrée sur la viande
La gastronomie française s’est construite autour de plats emblématiques où la viande occupe une place centrale : bœuf bourguignon, blanquette de veau, pot-au-feu, côte de bœuf, magret de canard… La France est d’ailleurs le pays européen où l’on consomme le plus de bœuf et de veau par habitant.1 La structure même du repas « à la française » suppose souvent une pièce de viande ou de poisson, accompagnée de féculents et de légumes.
Cette culture alimentaire rend le passage à un régime sans viande plus difficile, socialement comme pratiquement. Beaucoup de Français qui réduisent leur consommation de viande continuent d’ailleurs à se définir comme omnivores, par habitude, par confort social, ou parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans ces étiquettes. L’Ifop en a identifié environ 8 % : ils limitent la viande et en mangent moins d’une fois par jour, mais ne se disent pas flexitariens.1
Un fort attachement à la viande
En 2020, 89 % des Français déclaraient aimer la viande, et 79 % pensaient qu’en manger est nécessaire pour être en bonne santé.1 Interrogés sur les raisons pour lesquelles ils ne sont pas végétariens, 61 % des omnivores répondent qu’ils aiment trop la viande ou le poisson pour s’en passer, et 45 % qu’ils n’y ont jamais réfléchi ou n’en ont pas envie. L’opposition de principe est moins fréquente : 36 % disent ne pas partager les convictions des végétariens.1
Des difficultés au quotidien
Pour ceux qui franchissent le pas, les obstacles sont surtout pratiques et sociaux. Manger au restaurant est la difficulté la plus citée par les personnes sans viande (40 %), devant le partage des repas avec des proches qui n’ont pas le même régime (32 %), les critiques et l’incompréhension de l’entourage (27 %) et la difficulté à trouver des produits adaptés dans les commerces (25 %).1 La vie de famille joue aussi : 55 % des personnes sans viande sont célibataires. Concilier son régime avec les goûts d’un conjoint ou d’enfants peut en effet freiner le changement.1
La restauration collective suit lentement. La loi EGalim impose un menu végétarien par semaine dans les cantines scolaires, mais une enquête de l’Association végétarienne de France menée auprès de 567 collèges et lycées a montré début 2024 qu’elle n’était pas appliquée dans 40 % des établissements ayant répondu.11
Des alternatives jugées chères et peu savoureuses
Enfin, les produits végétaux qui pourraient remplacer la viande peinent encore à convaincre. Dans un sondage OpinionWay pour Fleury Michon de mars 2024, parmi les raisons de ne pas consommer (ou pas plus) de produits à base de protéines végétales, 50 % des Français citent leur prix trop élevé et 50 % leur goût trop fade.12 L’enquête ProVeg aboutit au même constat : le prix (40 %) et le goût (33 %) sont les principaux freins, et la France est, parmi les pays étudiés, celui où la confiance envers ces produits est la plus faible.2
Une note d’espoir : la jeune génération
Ces chiffres ne doivent pas faire oublier que les choses bougent, surtout chez les jeunes. En 2020, les 15-34 ans représentaient 34 % de la population étudiée, mais 41 % des personnes qui ne mangent pas de viande et 61 % des végétaliens. C’est le plus souvent entre 15 et 24 ans que l’on arrête la viande, et 19 % des 15-34 ans envisageaient d’aller vers un régime plus restrictif, contre 10 % des 50-70 ans.1
Les sondages plus récents vont dans le même sens. En janvier 2023, une enquête Ifop pour Interfel auprès de 602 jeunes de 18 à 30 ans comptait 4 % de végétariens et 4 % de végétaliens, soit 8 % de jeunes qui ne mangent ni viande ni poisson.13 C’est nettement plus que les 6 % mesurés par ProVeg la même année sur l’ensemble des adultes, même si les deux enquêtes ne sont pas strictement comparables.2
Les sujets qui poussent à réduire la viande sont aussi de plus en plus présents dans le débat public. Dès 2020, 68 % des Français estimaient qu’on mange trop de viande en France, et 56 % que sa production a un impact négatif sur l’environnement.1 En février 2026, 82 % se disaient favorables à l’interdiction de l’élevage intensif, avec un soutien particulièrement marqué chez les jeunes, et 92 % à la généralisation de la vidéosurveillance dans les abattoirs.14
Le végétarisme reste minoritaire en France, mais la génération qui grandit avec ces préoccupations est aussi celle qui fera les habitudes alimentaires de demain. Si vous envisagez vous-même de réduire la viande, nos 10 conseils pour devenir végétarien peuvent vous aider à démarrer.
Ce qu’il faut retenir
- Selon la dernière grande enquête nationale, réalisée en 2020, la France compte 0,8 % de végétariens, 0,3 % de végétaliens et 24 % de flexitariens.1
- Des sondages plus récents donnent 4 à 5 % de végétariens et végétaliens, mais leur méthode n’est pas comparable, et le seul suivi dans le temps (ProVeg, 2021-2023) ne montre aucune hausse.2
- La consommation de viande par habitant a légèrement augmenté entre 2020 et 2025 (+1,4 %), alors même que beaucoup de Français disent en manger moins.
- La tradition culinaire, l’attachement à la viande, les difficultés sociales et des alternatives jugées chères freinent le passage au végétarisme.
- Les jeunes sont nettement plus souvent végétariens, et le bien-être animal comme l’impact de l’élevage intensif mobilisent une large majorité de Français.
Sources et méthodologie
- Régimes alimentaires en 2020 : l’étude Ifop pour FranceAgriMer a interrogé en ligne 15 001 personnes de 15 à 70 ans, du 30 septembre au 8 novembre 2020. Les pourcentages correspondent au régime que chacun déclare suivre après avoir lu une définition précise de chaque régime. Les effectifs (375 000 végétariens, 10,6 millions de flexitariens…) sont calculés par l’Ifop à partir de la population des 15-70 ans selon l’Insee, soit 44,6 millions de personnes.1
- Sondages plus récents : ProVeg (750 adultes, 2021 et 2023), Protéines France (1 001 personnes, 2024) et OpinionWay pour Charal (1 003 adultes, 2025) reposent sur des échantillons plus petits et des questions plus directes. Leurs résultats ne sont donc pas directement comparables à ceux de l’Ifop.234
- Consommation de viande : la consommation apparente est calculée par bilan (production, plus importations, moins exportations, corrigées des variations de stocks), puis divisée par la population. Elle est exprimée en kilogrammes équivalent-carcasse.5
Footnotes
Ifop pour FranceAgriMer, « Végétariens et flexitariens en France en 2020 », rapport complet et synthèse de l’étude (mai 2021). https://www.franceagrimer.fr/chiffre-et-analyses-economiques/vegetariens-et-flexitariens-en-france-en-2020 ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7 ↩8 ↩9 ↩10 ↩11 ↩12 ↩13 ↩14
ProVeg International, Smart Protein Project, « Evolving appetites: An in-depth look at attitudes towards plant-based eating », rapport France (enquête de juin 2023). https://smartproteinproject.eu/wp-content/uploads/FR_ProVeg_Smart-Protein-Report_2024.pdf ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7
Protéines France, Baromètre consommateur 2024 (juillet 2024). http://www.proteinesfrance.fr/sites/default/files/2024-12/barometre_consommateur_2024_proteines_france_-_version_courte_2_0.pdf ↩ ↩2
Franceinfo, « Plus de la moitié des Français assurent manger moins de viande de bœuf qu’avant, selon un sondage » (sondage OpinionWay pour Charal, avril 2025). https://www.franceinfo.fr/sante/alimentation/info-franceinfo-plus-de-la-moitie-des-francais-assurent-manger-moins-de-viande-de-b-uf-qu-avant-selon-un-sondage_7194357.html ↩ ↩2 ↩3
Agreste, consommation de viande en France en 2020. https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/disaron/SynCon21376/detail/ ↩ ↩2 ↩3
Agreste, consommation de viande en France en 2021. https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/download/publication/publie/SynCsm22394/consyn394202207-ConsoViande.pdf ↩ ↩2
Agreste, consommation de viande en France en 2022. https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/download/publication/publie/SynCsm23412/consyn412202307-ConsoViande.pdf ↩ ↩2
Agreste et FranceAgriMer, consommation de viande en France en 2023. https://www.franceagrimer.fr/sites/default/files/rdd/documents/SYNTHESE_424_ConsoViande%20SSP-FAM_2.pdf ↩ ↩2
FranceAgriMer, consommation de viande en France en 2024. https://www.franceagrimer.fr/sites/default/files/2025-07/SYN-VIA-Conso%20viande%20Fce2024_0.pdf ↩ ↩2
FranceAgriMer, consommation de viande en France en 2025. https://www.franceagrimer.fr/sites/default/files/2026-07/SYN-VIA-Conso%20viande%20Fce2025_0.pdf ↩ ↩2
Association végétarienne de France, enquête sur l’application du menu végétarien EGalim dans les collèges et lycées (février 2024). https://www.vegecantines.fr/media/files/AVF_Enquete-EGalim-menu-vege_Rapport-complet_fev2024.pdf ↩
OpinionWay pour Fleury Michon, « Les Français et les produits à base de protéines végétales » (mars 2024). https://www.opinion-way.com/wp-content/uploads/2025/01/OpinionWay-pour-Fleury-Michon-Les-Francais-et-les-produits-a-base-de-proteines-vegetales-Mars-2024.pdf ↩
Ifop pour Interfel, « Les jeunes et leur consommation de fruits et légumes » (janvier 2023). https://www.interfel.com/actualites/etudes/enquete-ifop-les-jeunes-et-leur-consommation-de-fruits-et-legumes/ ↩
Ifop pour la Fondation 30 Millions d’Amis, « Les Français et le bien-être des animaux », vague 9 (février 2026). https://www.ifopgroup.com/en/article/the-french-and-animal-welfare-wave-9 ↩




